CAFE PHILO LABORATOIRE D'IDEES BASE AU CAFE SLATKINE EN EXil pour cause de coronavirus

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CORPS ET ESPRIT - CONSCIENCE

En ces temps de confinement, le Café Philosophique  du Statkine étant en pause provisoire, vous a proposé

via Claude CLAVERIE, un sujet par e-mail sur le corps

                       ." le corps, mon corps, mon corps aux autres le corps des autres"

en vous demandant de donner vos propres idées, vos réflexions et références de manière à ce que nous puissions en faire une synthèse et la transmettre à toute le monde.  Voici ce qui en ressort.

Claude Claverie a évoqué dans sa proposition de réflexions ce que le corps met en jeu, son rapport avec la conscience en tant qu'instrument, refuge, exutoire, absence ou compagnonnage, ses limites et le rôle de l'autocontrôle, l'écoute de ce corps, son apprivoisement en dialogue, l'effet de miroi, entre le "je- conscience" et le corps, en duel ou en osmose.

La première réponse que nous avons reçue de manque pas de piquant, on nous dit " Je ne pensais pas que l'on pouvait se poser autant de questions autour du corps" .

Eh bien apparemment, vous avez osé vous en poser et merci de nous les avoir transmises par e-mail.

Une autre intervenante ne voyait pas le rapport entre notre corps et le problème actuel du Coronavirus et pourtant !Il me semble que dans cette expérience douloureuse ou en tout cas sidérante, étonnante, notre corps et notre conscience n'ont jamais été autant sollicités pour être en combat ou en osmose pour se soutenir.

La définition du Petit Robert nous fait remarquer une amie " est incomplète car il parle de la partie matérielle de l'homme, alors qu'il s'agit de celle de tout être vivant*   C'est juste" Si en Occident les dualistes on souvent opposés corps et esprit, l’idée monistes viendrait de Perse, de Zoroastre  " 

C'est dans ce sens de moniste que Spinoza s'opposera aux dualistes .

Aujourd'hui avec les progrès de la science, on fait une distinctions souvent pas assez nette entre cerveau et esprit-conscience.Cet organe, le cerveau,dont on découvre chaque jour la complexité, se différencie de l’esprit et ses secrets, bien que tout deux aient à faire avec les affects et donc notre corps n'est pas que matière même si les neurosciences ont tendance à le réduire à des relations chimiques.

" Si cinq minutes après notre naissance notre nom, notre nationalité, notre religion ou absence de religion sont définies, le restant de notre vie nous le passons à nous battre pour des choses que nous n'avons pas choisies"  nous dit notre amie.

Mais ce combat, si nous le menons dans le ressentiment, l'envie et la plainte, nous avons " des passions tristes "  nous dit Spinoza. Si nous le menons avec le goût de connaître et d'essayer de comprendre, nous ferons des choix moins déterminés avec des possibilités de liberté relative, en prenant la mesure de notre puissance et de nos limites. Nous aurons " des passions joyeuses " nous dit encore Spinoza.

Une autre amie nous a livré un très bel entretien d'une danseuse Marie Agnès Gillot qui s'adresse à son corps confiné provisoirement où " elle s'excuse auprès de lui de se laisser submerger par les tâches quotidiennes, les routines indispensables où l'Art et la Ve lui semblent rester en suspens. Elle rêve de le surprendre pour qu'il s'envole, elle cherche l'alchimie incontrôlable entre elle et lui, entre flemme et flamme pour ne pas tomber dans l'ennui. Notre perception du temps en est-elle appauvrie ou  enrichie dans ce nouveau temps présent? En absence de miroir tombé et se relever faire partie des figures de la danseuse notamment chez la chorégraphe et danses de Carolyne Carlson". Marie Agnès Gillot s'adresse encore une fois à son corps en ces termes " Mon esthète, attends moi, je reviens".

Face à cet égocentrisme mais qui n'est pas nécessairement égoïste, une participante nous livre, un texte du philosophe Alexandre Jollien qui prône l'altruisme pour un après Coronavirus. Voici ce qu'il contient. Il nous livre" différentes données spirituelles " de maîtres du Bouddhisme où la bienveillance collective devient une anticipatrice pour une reconstruction  .Sur les traces de Nietzsche et de son " coup de marteau " pour réveiller les âmes égoïstes dans " le désir de pouvoir subsister ", Alexandre Jollien  nous dit " que le Coronavirus frappe par delà le bien et le mal  sans foi ni loi, le pire des égocentristes est du sauvage capitalistes " .Chez Nietzsche ce " par delà le Bien et le Mal " est une valeur positive. " Cet expansionnisme du virus qui bousille tout et dévore les hôtes qui l'abritent en travail à plein temps, ce conquérant reproductif mécanique vorace va finir par s'ennuyer dans sa logique de fou et c'est ce qui , nous l’espérons, le perdra". bous dit A. J de ce " Modi Operandi" qui n'est pas sans parallèle avec celui d'un certain capitalisme nous devons tirer des enseignements aux ravages du chacun pour soi. AJ nous dit " Nous  sommes le fruit d'un héritage de potentialités qui appellent une infinie gratitude mais comme nous sommes dans un même bateau et dans cette  étrange de sort et interdépendance, comment faire ? Chacun de nous est un maillon dans cette chaine que nous avons reçue en partage que pouvons nous faire ? Face à une précarisation installée au monde à cause d'un seul individu, à cause d'un infini accident qui a mis une foule immense sur le bas côté, il y a de quoi se révolter mais pas de bouc émissaire, pas de pseudo coupable", nous répète AJ.

Nous sommes tous embarqués, comme le dit Sloterdjick dans son livre du même titre, l'altruisme, la compassion, le partage dans les responsabilités, pas de bunker irresponsable pour montrer du doigt, accuser et se séparer.Nom ? Si les maîtres Bouddhistes sont appelés c'est pour nous proposer un chemin de libération, non pour une spiritualisé repliée dans un coin en méditation mais pour l'action, une invitation à être" les mécaniciens de l'intériorité pour nous réparer, guérir de nos traumatismes, oser un altruiste ancré  dans le circuit de l'existence, retrousser ses manches dans l'anonymat. Construire ensemble une sorte de policlinique de la solidarité. Un projet commun, un mode de vie plus sain, avec l'assouplissement de la distance en respectant les gestes barrières pour la Grande Santé "ce que Nietzsche appelait de ses vœux.

" Passer du JE au NOUS collectif  ( ce que recommande un MAITRE THIBETAIN ), ôter carapace et armure, devenir au CITOYEN  pour un monde plus juste, une véritable conversion", pas nécessairement religieuse mais tout simplement humaniste. La tâche reste immense, au travail ! "Selon ce long texte d'AJ, envoyé par une participante à notre dialogue que je viens de vous transmettre synthétisé avec les mots et quelques unes de mes réflexions, vous laisseront je l'espère plein de courage et d'énergie, un de nos participants rappelle l'enjeu principal que nous signale Spinoza " Sommes nous libres ? " . Le philosophe nous dit le libre arbitre est une illusion, notre liberté réside dans le choix relatif que nous avons en connaissance de causes limitées mais avec des possibilité de liberté relative en ne voulant pas se faire plus gros que le bœuf. A nous de poser et déplacer les limites en adéquation avec ce que nous savons, sans avoir peur des erreurs mais en les assumant sans se culpabiliser si ce laisser culpabiliser par les autres.  Pour répondre à un autre intervenant, je ne pense pas que le corps soit le reflet de la personnalité et du vécu. Si le corps en garde des traces les réactions aux sollicitations et le comportement en disent plus que l’état du corps. Amartya Sen parle de capabilité. Dans l'expression mon corps aux autres,  c'est ce regard  sur le corps des autres que nous pouvons nous définir, dans ce rapport à l'autre, l'environnement à la vie et à la mort. La Mort en face n'est nullement incompatible avec la joie d'exister en acceptant notre vulnérabilité. La nature surprise aussi a repris ses droits que nous lui avions confisquées, nous avons perdu la notion interdépendance entre les humains et l’écosystème c'est ce à quoi s'attachent d'analyser des épidémiologistes, des mathématiciens, des anthropologues sous le nom de groupe PLANETARY HEALTH, loin de l'idéologie écologiste, ils s'en tiennent aux récents travaux de anthropocène  car ils craignent une explosion des pathologies due à las dégradation de l'environnement, aux carences en vitamines chez l'humain, il s’agit pour eux de développer la micro -biodiversité pour opérer une métamorphose dans nos pratiques. Un modeste virus face à nous omnivores nous impose une leçon d'humilité et nous remet à notre place dans le tissu végétal et animal de la planète.

J'espère que nous pourrons discuter de tout cela en Septembre au Café SLATKINE, nous vous donnerons des précisions.                                                                                       

 

Blog de Denis Gardon qui retransmet les propos de Claude Claverie

collaboratrice au Café Philo

              

 

 

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